¬ 2007 ¬ FICTION ¬ Long métrage 90' ¬ 35mm
¬ Mille et une productions


Yacine est un héros, il a la force et le courage de plonger, là où les autres restent attachés à eux-mêmes.
Yacine, la trentaine, vit dans une caravane en marge de la société. Son monde est coloré et fantaisiste : chacun de ses petits boulots est l'occasion de scènes cocasses et intenses de sa vie : animateur pour enfant, guide touristique ou figurant sur un film en costume, le jeune homme vit son présent avec intensité. Mais ses retrouvailles avec Djibril, un ami d'enfance, va l'obliger à se poser des questions et à redéfinir sa place. Il va devoir se confronter à lui-même, à ses origines, à ses aspirations, et faire table rase du passé pour reconstruire son identité.
Du dribble de Pelé à la danse de Mohammed Ali sur le ring, Yacine voudrait ne retenir de la vie que des moments uniques. Dans son royaume – sa caravane, sa musique, ses héros – il est le maître du jeu. Mais voilà que Yacine rencontre par hasard Djibril, un ami d'enfance. Il se trouve alors confronté à ses origines, à sa cité, à ses frustrations, à ses désirs inassouvis… Alors Yacine s'en va. Il décide de repartir à zéro, sans bagages ni attaches…
Ma
chère
différence,
sans ça
j'existe
plus.Notes du réalisateur
LA CARCASSE
C’est un drôle de sentiment que celui d’habiter son corps, comme une maison. Chacun sa carcasse à trimbaler. On fait de son mieux, mais c’est parfois lourd à porter un corps. Et puis il a une histoire, ce corps. Des regards qui le jaugent, le classent, le placent sur une échelle… Et puis des blessures, des frustrations marquées dans sa chair... et le désir d’être unique. Et puis il y a des instants, des moments, comme ça, suspendus. Ils forment un collier de perles temporelles, des sortes de bulles. Des moments où on sait, où c’est évident, comme un accès direct au monde. Être bien dans l’instant. Est-ce qu’il faut savoir vivre entre deux bulles, ou réussir à rester au sommet ? Ne plus redescendre, accepter de se perdre pour ne plus se retrouver et peutêtre renoncer à sa propre volonté ? Yacine est un héros, il a la force et le courage de plonger, là où les autres restent attachés à eux-mêmes. Yacine entame une marche vers son centre, vers la limite entre lui et les autres. Il y a là un trait d’union, un petit pont qui donne le vertige. Andalucia raconte l’histoire de la dissolution du corps de Yacine, son évaporation. Quelque chose qui plane au dessus de la tête, qu’on essaye d’attraper et qui parfois s’échappe. Cmme une chanson tzigane, un chant soufi, une danse de derviches, Andalucia tourne et nous emmène, comme une invitation au rêve, une volonté lyrique, une aspiration vers les étoiles. Détachons nous de notre carcasse.
ICI, AILLEURS, NULLE PART PARTOUT
Yacine est né en France. Yacine est né étranger. Français, mais étranger. Il a grandi dans un pays où d’un côté les autochtones se considéraient comme accueillants, et les « accueillis » se considéraient comme victimes. Dans un pays où les étrangers viennent de pays anciennement colonisés, où la colonisation est considérée comme mauvaise, mais pas tant que ça, et où l’on n’admet pas sa culpabilité. A l’instant où on s’admettrait coupable, il faudrait les considérer, ces étrangers, comme les enfants légitimes et entiers de ce pays, acceptant ainsi que la population a changée, même en partie, il faudrait adapter le cadre du pays à sa nouvelle identité. Mais ceci n’a jamais eu lieu.. Et nous devons toujours nous intégrer, jusqu’à ne différer des autres français que par notre couleur de peau. Il se dit que nous mettons en péril l’identité même du Français, sa culture, son esprit, sa civilisation. La république est mise à l’épreuve, forcée… La France doit résister, sinon elle se perdra, et elle disparaîtra. Et « on » devient « ils ». Et « ils » doivent se protéger alors que « nous » devons admettre être des barbares civilisés par ce pays qui a été bien gentil d’accueillir nos parents.