¬ DOCUMENTAIRE ¬ Long métrage
¬ En développement, 13 Production








Le racisme est-il soluble dans la lutte des classes ?
Brixton, 9 avril 1981. L’émeute éclate sur Railton road, la mythique Frontline qui marque la limite du quartier. Suite à l’opération Swamp 81 (Marécage), au cours de laquelle des centaines de policiers ont contrôlé 943 personnes et en ont arrêté 118 en 4 jours, la tension est à son comble. Les hommes en bleu mettent à sac des maisons pour les rendre inhabitables, arrachant les planchers, fracassant les canalisations, confisquant les compteurs à gaz, démolissant les rampes d’escalier et brisant les fenêtres...
Le 9, un jeune homme noir blessé au couteau, est pourchassé par un bobby et décède à l’hôpital quelques heures plus tard : c’est l’étincelle qui allume un brasier qui couve depuis de longs mois dans le quartier jamaïcain du sud de Londres. En effet, la récession économique entamée à la fin des 70’s frappe dure, particulièrement les hommes noirs au chômage, dont la proportion a quadruplé. À Brixton, plus de la moitié d’entre eux sont alors sans emploi.
Et puis la loi Stop & Search votée en 1975, qui autorise les arrestations pour vagabondage, a ouvert les vannes à une police blanche à 99 % (100 policiers noirs / 20 000 en 1980 à Londres) : Si 6% des Londoniens sont d’origine afro-caribéenne, 44% des arrestations les ciblent depuis six ans.
Pour le reste de la capitale, Brixton rime alors avec dope, squatts anarcho-punks et reggae..
Le lendemain, samedi 11 avril, c’est l’explosion quand la police, qui continue son opération Swamp 81, rencontre un barrage de pierres et de bouteilles. Il lui fallut deux jours pour reprendre la situation en main. Le bilan officiel est lourd : 200 policiers et 42 manifestants blessés, 170 arrestations, 27 immeubles incendiés, des centaines de véhicules brûlés. Au total, la fièvre insurrectionnelle coûtera 7 millions de £ à l’État et à la ville.
Pour les « minorités ethniques » comme pour les institutions britanniques, se dessine désormais un avant et un après Brixton.
En 1985, le thory (conservateur) Lord Scarman concluera dans son rapport officiel sur l’émeute de Brixton que le chômage, la discrimination raciale, la pauvreté, le manque d’équipements, l’échec scolaire et le ressentiment vis-à -vis de la police ont été les principaux facteurs de l’insurrection, couplés avec la condamnation quasi-unanime de la fameuse Stop & Search law .
Les émeutes de Brixton ont en effet provoqué chez les politiques britanniques une prise de conscience sur l’urgence qu’il y avait à intégrer les minorités dans le circuit économique afin d’éviter ce type d’éruption de violence : les années 80 virent le développement, sur le modèle américain, de l’ «affirmative action», aussi bien dans les Administrations publiques que dans les grandes entreprises. Réforme des manuels scolaires (notamment des programmes d’Histoire et de Littérature), crédits octroyés en partenariat avec les associations communautaires, quotas raciaux dans la police et mesures disciplinaires à l’encontre des policiers coupables de discriminations raciales... composent en partie l’arsenal étatique post Brixton.
Il y eût pourtant par la suite bien d’autres soulèvements de rue en Grande-Bretagne, encore à Brixton en 1985, mais aussi à Birmingham, Oldham, Handsworth et enfin Bradford. Cependant, les Brixton Riots de 1981 sont les dernières grandes émeutes de type racial dans lesquelles l’Etat comme représentant d’une population considérée comme dominante était visé directement par une minorité ethnique.
3 jours qui ont changé la face de l’Angleterre.